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C'est pourquoi Contraste propose, dans sa section "le débat", deux tribunes opposées sur des sujets clivants.

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Le malentendu - su'altafahum, épisode 1

 

Aux origines de l’Islam, le Djihad prescrit par le Coran

 

Au début du mois de novembre 2018, une mère a donné le prénom « Jihad » à son enfant. L’associant aux mouvements islamistes, la mairie de Dijon a saisi la justice afin de faire annuler le prénom. Cette connotation intégriste vient remettre en question la définition initiale du Djihad des textes sacrés, qui, associée à divers problématiques migratoires et racisantes conduit à des amalgames. C’est la principale cause nous motivant à élaborer cette série d’articles de nature assez scientifique. 
 

 

Le Djihad (ou Jihad, ou Jihâd) est en effet sujet à de nombreuses controverses et à différents préjugés aujourd’hui, face à la montée de l'islamisme, conception politique de l’Islam, et du djihadisme, soit « les idées et l’action des fondamentalistes extrémistes qui recourent au terrorisme en se réclamant de la notion islamique de djihad ». Il paraît donc nécessaire de séparer le concept de Djihad des significations qui lui sont parfois abusivement attribuées. Le Djihad apparaît au VIIe siècle, il est l’une des composantes de la religion musulmane. Il indique littéralement « un effort tendu vers un but déterminé ». C’est un devoir commun à toute la communauté musulmane (l’oumma), dont les règles ne sont pas clairement précisées, mais dont les principes sont partagés entre différentes sources (le Coran, la Sunna et les règles édictées par les premiers califes). Ainsi, le Djihad est une « une institution divine pour propager l'Islam dans le Dār al-harb (les territoires non encore gagnés à l'Islam, décrits comme le domaine du combat) ou pour défendre l'islam contre un danger ». Le Djihad est une notion importante aujourd’hui avec les nombreux attentats qui se multiplient tel que ceux de 2015 dans le cas de la France et révèlent la frontière floue qui existe entre « djihad » et « djihadisme».
 

En nous intéressant à l’évolution du Djihad tout au long de l’histoire, et donc en revenant aux origines, nous nous demanderons dans quelles mesures l’évolution des conceptions et des pratiques du Djihad depuis ses origines éclaire l’actualité du phénomène.

A travers 3 épisodes, il convient de revenir sur les caractéristiques du Djihad établies dès le VIIe siècle par les textes sacrées. Dans un deuxième article, il semble important d’étudier la période d’expansion de l’Islam qui se construit de manière uniforme face aux différentes menaces. Enfin, il est pertinent de revenir sur le dévoiement d’un terme qui paraît de plus en plus ambigüe, impliquant les déviances qu’on connait aujourd’hui.  

 

Une place singulière au sein de l’Islam

 

L’Islam est une religion née au VIIe siècle au Moyen-Orient, plus précisément dans l’actuelle Arabie Saoudite. Cette religion s’appuie sur le Coran qui, d’abord transmis de manière orale (« récitation » en arabe), constitue le texte fondateur de la religion musulmane. Le Coran serait parvenu à Mahomet par la volonté de Dieu le Tout Puissant (Allah), par l’intermédiaire de l’Ange Gabriel (Jibril), puis il l’aurait mémorisé et enseigné à son tour oralement aux fidèles. Rédigé un demi ou un quart de siècle après la mort du Prophète (entre 644 et 656 sous le troisième khalife), selon les sources, il est composé de cent quatorze chapitres (appelés sourates, de l’arabe al-sūra) eux-mêmes subdivisés en 6 236 versets ou âyâtpreuve » en arabe). Par son universalisme, l’Islam doit se répandre dans le monde entier, par exemple par le biais du Djihad qui est explicitement prescrit dans le Coran. 

 

 

 Le Coran, livre sacré des musulmans


Littéralement, le Djihad désigne « un effort tendu vers un but déterminé » ou « effort suprême ». On peut donc définir le Djihad comme un devoir spirituel adressé à toute la communauté musulmane (umma). A l'origine, les règles du djihad ont été établies juste après l'Hégire, c'est-à-dire en 622, à travers trente-cinq versets du Coran, qui font partie des sourates médinoises, c'est à dire des sourates qui traitent principalement des relations sociales. Notons que, à l’inverse de ce que l’on pourrait penser, le Djihad, « sorte d’institution divine pour propager l’Islam » pour reprendre les termes de Pierre-Jean Luizard, n’est pas au cœur de l’Islam (du moins le djihad armé). Il n’est en effet généralement pas compté dans les cinq obligations fondamentales de l’Islam, que sont la profession de foi, la prière, la Zakat (traduit par « l'aumône légale»), le jeûne du mois de Ramadan, et le pèlerinage à la Mecque. Cependant, il peut être considéré comme le « sixième » pilier de la religion par certains, comme par exemple chez les kharidjites, plus  rigoristes, qui constituent la troisième branche la plus importante de la religion musulmane. Bien que le Djihad puisse être conceptualisé de différentes manières, les règles sont néanmoins toujours énoncées par le Coran, particulièrement dans la deuxième sourate (Al-Baqarah, La Vache).  

 

Entre effort personnel et guerre sainte

 

Le Djihad consiste en une lutte pour le bien et contre l'injustice. En cela, il se divise en deux : le Djihad-al-akbir, dit aussi djihad « majeur » ou « Grand Djihad », qui désigne un combat à mener contre soi-même et contre ses propres valeurs et idées spirituelles, constituant aussi en un effort d’intérêt général. C'est le type de Djihad le plus évoqué dans le Coran, c'est à dire vingt-cinq fois sur trente-cinq.  

 

Le second type de Djihad est le Djihad dit « mineur » (ou « petit Djihad »), ou Djihad-al-saghir, qui désigne la guerre sainte à mener contre les infidèles, racontée dans le Coran via les récits des guerres de Mahomet. Cependant, le mot « Djihad » ne peut désigner la guerre dans le sens courant (qui est désignée dans le Coran par les mots harb et quital). Le Djihad désigne donc uniquement une guerre dont les règles fixées par le Coran sont nombreuses (interdiction de brûler, de mutiler, de maltraiter les prisonniers, d'attaquer les femmes et les enfants, etc). Le Djihad ne doit pas être entendu, si l’on se réfère aux textes fondamentaux, comme une guerre sainte d’extermination : « Le chaos est pire que la guerre. Tant qu’eux ne vous combattront pas dans l’enceinte sacrée, ne leur livrez pas la guerre. Si eux vous déclarent la guerre alors tuez-les. Voilà la fin des infidèles ». (Cor. II, La vache : 190-191).  

 

Certains ont interprété le Djihad à leur manière. C’est le cas des Frères musulmans dans les années 1940 prônant une version violente du Djihad. Le Livre fixe aussi les conditions sous lesquelles le Djihad en tant que guerre sainte est obligatoire : en cas d'invasion d'un territoire musulman par des non-musulmans, ou en cas de capture d'un groupe de musulmans par des non-musulmans notamment. Par exemple, le Djihad aurait été pratiqué lors des conquêtes coloniales, non dans une approche expansionniste mais défensive, en réponse à l’impérialisme. Ce fut le cas à Al-Azhar contre les Français qui occupaient l’Egypte en 1798 et 1800 et contre les Britanniques en 1882. Aussi, pour certains, par exemple pour le théologien égyptien Al-Qaradawi, le Djihad n’a pas pour but d’étendre l’Islam mais seulement de se protéger. Il soutient alors une dimension plutôt défensive qu’offensive. Quant au philosophe, théologien et cadi musulman d’Andalousie du XIIe siècle Averroès, lui, distingue quatre types de Djihad : par le cœur, par la langue, par la main et par l’épée. Ce dernier, qui représente la guerre, ne doit être, selon lui, utilisé qu’en ultime recours et n’est donc pas obligatoire. 

 

 

 Le théologien Al-Qaradawi

 


La notion de violence dans le Djihad tel qu'elle est explicitée dans le Coran est bien réelle, certains versets se montrent même particulièrement explicites (« Tuez les incroyants où que vous les trouviez » (sourate 9, verset 5) ; « Que les mécréants ne pensent pas qu’ils nous ont échappé. Non, ils ne pourront jamais Nous empêcher (de les rattraper à n'importe quel moment.)» (sourate 8, verset 39)). Cependant, il est à souligner que le Coran s'inscrit, et notamment au niveau des récits, dans son époque et dans son contexte, qui est alors celui de l'Hégire et des batailles de Mahomet, qui fut également persécuté avec ses compagnons.

 

De plus, il faut savoir que, dans la version offensive du Djihad, les fidèles doivent d’abord inviter les infidèles (Juifs et chrétiens notamment) à se reconvertir. Ils peuvent devenir dhimmīprotégé») jouissant d’un statut privilégié qui leur permet de continuer à exercer librement leur culte. Toutefois, en échange, ils doivent payer la jiziya, un impôt de capitation, et sont soumis à quelques obligations et interdictions telles que la contribution à l'entretien des armées musulmanes ou encore la défense de porter des armes.  

 

Le Coran apporte une certaine ambiguïté concernant le Djihad qui peut mener à des confusions, à des interprétations différentes d’un courant musulman à l’autre, d’un historien à l’autre. Cela en fait un des aspects les plus mal compris et les plus déformés de l’Islam. Prochainement, nous verrons que le Djihad prend une tournure plus violente, de par les divisions au sein du culte, et les attaques extérieures.  

 

La suite la semaine prochaine...

 

 

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