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C'est pourquoi Contraste propose, dans sa section "le débat", deux tribunes opposées sur des sujets clivants.

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Contraste reposant sur une participation bénévole de ses rédacteurs, nous cherchons activement des étudiants, voire des lycéens, désireux de participer à cette initiative citoyenne. 

Climat : entre déni et désinformation

29/09/2019

 

Sans titre, Djamel Tatah, 2008

 

 

 

Les marches pour le climats repartent de plus belle en cette rentrée universitaire, piétinant au passage les nerfs de quelques critiques effrayés -terrorisés même- par l’éco-fascisme en développement et l’ascension de la générale Thunberg (qu’ils décrivent souvent comme un sombre mélange entre le célèbre gourou Raël, Che Guevara et une des soeurs jumelles dans Shining); par le contrôle totalitaire de la bien-pensance exercé sur leur très chère liberté; et qui finalement s’en trouve l’esprit confus, arguant contre la promotion d’un projet politique et de société « malsain » au travers de mobilisations dans le monde entier pourtant « marginales ». Leur principal argument réside aussi dans l’étude de scientifiques sceptiques, auteurs de travaux souvent remis en cause et contraints par des intérêts sous-jacents. Certains l’assument, d’autres renchérissent en affichant des valeurs  -actuelles- conservatrices qu’ils associent à un discours anti-système en citant en outre Guy Debord et sa Société du Spectacle. 

 

Cet article se place comme une critique de l’analyse faite par l’auteur de l’article Climat : entre mensonges et catastrophisme, et par conséquent, comme la défense d’une cause et d’un mouvement que beaucoup portent dans leur coeur. 

 

 

3% de sceptiques, vive la science

 

 

Il est impossible de nier le réchauffement climatique. Certes, émergent des résultats différents, mais pas contraires. La thèse sceptique réside toutefois dans l’idée que l’homme n’est peu ou pas du tout impliqué dans ce dérèglement, en reprenant notamment les arguments de Richard Lindzen. Beaucoup de scientifiques sont conscients que le bougre avance des arguments plus ou moins vrais. Andrew Dessler, professeur à l’Université Texas A&M, un spécialiste de la vapeur d’eau dans l’atmosphère, a notamment pointé du doigt la fâcheuse tendance de Lindzen à bâcler ses articles en restant ferme sur ses positions. Ce climatologue ne peut cependant pas être réduit à un simple arnaqueur. Il est souvent cité (car issu des laboratoire du MIT), et lorsqu’on se penche un peu plus longuement sur ses travaux, ce « sceptique du climat » parait bien moins radical : il n’affirme pas que l’homme est irresponsable au regard du climat. Selon lui, la communauté scientifique ne parvient pas à intégrer les différentes modalités du changement climatique, par conséquent des incertitudes peuvent planer. Cette même communauté ne remet pas en cause cette affirmation; d’ailleurs, le manque de modalités a conduit par le passé à sous-estimer le réchauffement… Mais les données et savoirs actuels mettent en lumière le role dominant de l’effet de serre dans le dérèglement. Certes, l’introduction de nouvelles modalités est nécessaire afin d’étayer les causes, mais cette conclusion n’en serait guère modifiée. 

 

Nous avons choisi de prendre comme bouc émissaire (un peu cliché) la croissance afin de démontrer rapidement le rôle de l’homme dans le réchauffement climatique, le sujet sera  ensuite clôt. Pour la petite histoire que nous connaissons tous : il était une fois, en 1972, un rapport d’un groupe de chercheurs du MIT intitulé Les limites de la croissance (dans un monde fini), plus connu sous le nom de rapport Meadows. Le constat était le suivant : la forte croissance économique que nous connaissons en occident ne peut être compatible avec l’utilisation raisonnée des ressources de la terre, ne permettant pas de subvenir aux besoins des populations. Secondement, les ressources non-renouvelables seront un jour totalement épuisées. Il est possible de lister trois limites écologiques auxquelles se heurtent la croissance : la nuisance du capital naturel (au sein duquel s’inscrit la faune notamment, menant à l’extinction de nombreuses espèces), les catastrophes climatiques et les émissions polluantes telle que le CO2, issues de la production d’entreprises et de notre manière de consommer. Ce dernier dioxyde de carbone n’est pas le seul gaz polluant : les entreprises rejettent principalement du méthane ou encore du protoxyde d’azote, l’effet de serre (qui est une hausse naturel des températures à la surface de la terre et nécessaire à notre survie) en est alors affecté, bien que sans celui-ci la température moyenne serait de -18°. Pour autant, l’effet de la pollution implique un réchauffement de l’atmosphère exponentiel. Ce tableau issu du rapport de 1994 du GIEC montre en outre que pour chaque période donnée une hausse d’au moins un degré pour l’ensemble de la planète est prédit, pouvant aller jusqu’à 6,7 degrés.  

 

 

 

 Nous nous permettons de prendre les résultats du GIEC car il ne nous semble pas criant que celui-ci subissent des influences extérieures. Admettons : quel genre de lobby pourrait intimider ce groupe d’experts scientifiques étroitement surveillés par les décideurs politiques ? Des membres d’Extinction Rebellion en costume pingouins ? Une société secrète fondée par les parents de Greta Thunberg ? Nous avons trouvé un article d’un de ses membres (Martin Benisto, physicien français) sur le site de Temps. En voici un extrait particulièrement éloquent en nombreux points qui sont remis en cause par l'auteur : « Le problème du consensus des rapports du GIEC: S’il est vrai que le rapport de synthèse destiné aux décideurs politiques («Summary for Policymakers») est adopté par consensus, c’est moins la volonté des scientifiques que celle des gouvernements, pour qui chaque mot doit être pesé pour que le texte soit acceptable par le plus grand nombre de pays, aux intérêts souvent très divergents. Les documents scientifiques reflètent la littérature scientifique qui alimente les rapports du GIEC. Mais aucun décideur politique ne les lit, car ils sont très longs et trop techniques. ». Seuls quelques membres de gouvernements le lisent en travers, donc. L’on ne voit pas d’intérêts à ce que ceux-ci demandent d’aggraver les conclusions du groupe d’experts. Tout n’est qu’affaire de complotisme. 

 

Ci-dessus un graphique de la NASA montrant un consensus entre différentes institutions de mesure climatique

 

 

Le réchauffement climatique ainsi que l’action de l’homme engendrent  bien évidemment des phénomènes catastrophiques. Le mode de production actuel comprend une surexploitation des ressources et une grave pollution de l’air à l’origine d’une perturbation de la stabilité environnementale. La biodiversité en subit les conséquences, les marées noires de part les fuites de navires pétroliers en est l’exemple premier comme celle ayant eu lieu dans le golfe du Mexique en 1980, délivrant près de 600 000 tonnes de pétrole brut dans l’eau. La faune en est la première victime (en démontre le rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature) qui a dressé une liste des espèces en voie d’extinction). Mais surtout, ces catastrophes peuvent toucher les hommes de manière grave : à Tchernobyl en 1986 ou à Fukushima en 2011, des incidents ayant provoqué la mort de milliers de personnes à cause de la radioactivité éparpillée dans l’air. Pas besoin d’être scientifique pour déclarer que « le réchauffement depuis le 19ème siècle s’est accompagné d’une amélioration de tous les indices du bien-être humain ». Merci, nous savons tous à quel point la voiture c’est bien plus confort que la charrette. 

 

 

Les jeunes et le mépris

 

 

Critiquer le combat de la jeune écologiste Greta Thunberg est devenu un sport international. Cette violence qu’elle subit pose aussi des questions sur le rapport de la société face à l’ébranlement de ses croyances. En France, l’on peut noter les déclarations de personnalités comme Onfray, Finkielkraut et Bruckner, sûrement frustrés car mis à l’écart de la problématique environnementale dont ils ne sont pas experts. Greta Thunberg a l’âge d’être leur petite-fille, n’a pas fini le lycée et est pauvre intellectuellement, mais elle endosse à l’international un charisme et une reconnaissance tout bonnement insupportable pour les têtes bien remplies de ces chers philosophes qui n’ont comme moyen d’expression que les éditos du Figaro, les émissions de France Culture et une invitation tous les six mois sur le plateau de On n’est pas couché. Ses détracteurs l’attaque par ailleurs sur son syndrome d’Asperger. Cependant, la suédoise affiche dans les médias un discours qui n’est rien d’autres que les conclusions du GIEC, très vulgarisées certes, mais n’avance pas de thèses complotistes ou aberrantes. Alors, pourquoi un tel mépris ? 

 

La sociologie -malheureusement décriée par les réactionnaires car propose des résultats logiques et scientifiques- a étudié l’articulation entre référents de genre, de race, d’ethnicité et de classe dans l’environnement social et insiste sur l’idée que la production savante doit toujours être située. En fait, une donnée intellectuelle est issue d’influences venant des différentes catégories citées plus haut. Le schéma peut s’appliquer sur les attaques virulentes à l’encontre de Thunberg et suppose que le rejet des problématiques climatiques par ces personnalités se doit d’être inscrit dans un contexte social : les critiques sont souvent faites par des hommes ayant la soixantaine (une écrasante majorité), reconnus nationalement pour leurs avoirs intellectuels mais dont les problématiques sont absolument sans liens avec celles de Thunberg. Chose importante à souligner, ces personnes (et leurs lecteurs !) ont amèrement les Trente Glorieuses en travers de la gorge, époque bénie durant laquelle le pétrole et le plastique étaient synonyme de progrès, et où la joute politique se réalisait uniquement sur l’axe gauche-droite, que nous parlions de Guerre Froide, de Tiers-monde, etc…

La jeune Thunberg a choisi de rejoindre New-York en bateau alors qu’une conférence vidéo aurait pu suffire à ses arguments, d’autant plus que tout le monde les connait. Ce choix amène au questionnement individuel : pourquoi prendre moins souvent l’avion ? Et c’est là que ce trouve le grand mérite de Greta Thunberg, elle pousse à l’interrogation. Ce à quoi répondent certains comme Finkielkraut : « Je trouve lamentable que ces adultes s’inclinent aujourd’hui devant une enfant. » Cet argument est plutôt irraisonné, d’autant plus qu’il vient d’un philosophe. L’histoire nous a nourri de personnages comme Jeanne d’Arc et Gavroche, devrait-on briser les statues à leur effigie tout en disant qu’elle auraient mieux fait d’aller l’école? Ces personnes critiquent par ailleurs le mouvement des jeunes, martelant le décèrvëlemement qui s’est progressivement réalisé avec les jeux videos et les series TV débiles. Paradoxe ! Une jeunesse décidant de prendre en mains l’avenir de sa planète contre les ripostes conservatrices des gouvernements ne devrait-elle pas justement faire la fierté des décrieurs de la génération Y ? Cette génération a toutes les raisons de continuer le mouvement puisque sera par définition en première ligne face aux enjeux climatiques futurs. Un vieil homme peut-il seulement se permettre le reproche ? C’est parce que Greta Thunberg n’est pas leur réel problème : faute de ne pouvoir rejeter l’urgence climatique, ils attaquent son ambassadrice. 

L’auteur appelle « au discernement et à la nuance » par rapport à la complexité de l’objet climatique. Nous répondons que le combat climatique impose une vision manichéenne et les seuls voulant en nuancer les revendications sont enlisés dans leurs intérêts idéologiques et matériels. 

 

 

 LISI NIESNER/REUTERS

 

 

Nous voudrions revenir rapidement sur quelques points isolés de l’article. D’abord, l’auteur attaque Greta Thunberg en explicitant une césure inter-générationnelle. Nous ne voyons pas en quoi cette aspect de la lutte climatique pose souci à la vie en société. Lorsque Thunberg déclare « Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout. Et pourtant vous volez leur futur », « Nous devons les tenir [nos parents] pour responsable de la situation actuelle », elle ne veut pas dire qu’il faut cesser d’aimer ses parents et ne fait pas preuve d’irrespect. Quand elle fustige l’assemblée de l’ONU, elle attaque les représentants d’un système dont la cause environnementale n’est pas la plus importante, elle n’accuse en aucun cas individuellement les personnes qui y siègent. « (…) une enfant qui donne des leçons à des adultes, la scène aurait été impensable 50 ans plus tôt » écrit l’auteur, qui à fort raison en effet, mais n’explique pas en quoi c’est une mauvaise chose. « Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » écrivait Corneille en donnant la voix à Rodrigue dans Le Cid… La haine générationnelle s’impose lorsqu’on refuse de donner la parole à plus jeune que soit, et c’est que nos sociétés ont toujours accompli. Impensable il y a 50 ans ? C’est vrai que Mai 68, entériné par un mouvement étudiant aux aspirations utopistes, a provoqué une réelle césure avec les adultes… Chose intéressante puisque les détracteurs de l’époque utilisaient volontiers des formules comme « le mouvement de la peur » et comparait ce cher Dany Le Rouge à un hystérique irraisonnable… Certes, une enfant montant à la tribune de l’ONU dans les années 70 est impensable, mais pas dans les années 90, qui plus est pour la même cause défendue par Thunberg. Severn Cullis-Suzuki, canadienne de 39 ans, s’exprimait à 12 ans déjà lors du premier Sommet de la Terre organisé par les Nations Unies en 1992. Près de trente ans plus tard, la militante écologiste continue son combat et n’hésite pas à dire que la jeune suédoise est "très intelligente et cohérente », toutes proportions gardées. Cet exemple montre parfaitement que la lutte climatique n’est pas affaire de conflit générationnel. Même si la revendication écologique suppose plus ou moins une rupture avec le fonctionnement actuel d’un système, elle encourage surtout à l’union, chose impensable pour certains car jamais une lutte ne s’est effectuée sans ennemi physique. Ces personnes ne se sont simplement pas rendues compte de la nécessité de rompre les clivages. 

 

L’auteur exprime de même son dégout pour les collapsologues, coupables d’installer un fossé entre les générations : « Il n’est plus rare d’entendre dans les médias ou de la bouche des collapsologues, que « nous avons à affronter le plus grand défi de l’histoire de l’humanité », personnifié dans le réchauffement climatique. Cette prétention est le phénomène visible d’une société à la fois obsédée par son temps, empreinte d’ethnocentrisme, et méconnaissant totalement l’histoire. » Cet argument est totalement infondé. La collapsologie, de part son sujet d’étude (l’effondrement des sociétés - nous ne reviendrons pas en profondeur sur ce domaine car un article l’a déjà fait -), se doit justement de connaitre l’histoire et les autres sociétés. Elle rassemble autant des biologistes et des climatologues que des anthropologues, sociologues, historiens, etc… qui, en analysant de grands effondrements passés tels que la chute de l’Empire Romain ou de la civilisation Aztèque, peuvent se permettre de tisser des liens de probabilité entre les époques et le présent. Ils sont d’ailleurs arrivés à la conclusion que trois grands maux sont capables de détruire une civilisation : la guerre, la famine et la maladie, tous trois étant inter-dépendants. De même, les collapsologues ne rassemblent en aucun cas exclusivement des jeunes scientifiques. Le sociologue Edgar Morin en est un grand représentant en France, malgré ses 98 ans. Il a par ailleurs été résistant durant la Seconde Guerre mondiale et membre de Parti Communiste qu’il quittera ensuite car sous tutelle de Moscou. Un homme ayant touché de si près le totalitarisme (nous vous invitons à lire L’An zéro de l’Allemagne (1946) et Allemagne notre souci (1947)) semble apte à analyser ce qui est propagande ou non, ce qui est idolâtrie pour une jeune fille dangereuse ou simple bon sens. Le papy s’adapte d’ailleurs très bien aux générations, il sait même utiliser Twitter ! 

 

 

Ensuite, la dimension eschatologique décrite par l’auteur. Que répondre lorsque celui-ci caractérise les COP comme des « messes climatiques » alors qu’elles n’aboutissent en rien de drastique pour améliorer la situation du climat ? Pire : « Comme si le déclin des religions déistes en Occident, et avec elles la perspective du jugement dernier et de l’apocalypse, avait eu pour conséquence de se substituer à d’autres formes (…) ». Et si nous répondions que des mouvements écologiques chrétiens existent ? L'association «Oeko-logia», fondée par Fabien Révol, se veut comme une réponse à une encyclique du pape François dans laquelle il associe l'Église catholique à la « Journée mondiale de défense de la création » célébrée le mardi 1er septembre. L’objectif : «développer une approche éthique de l'écologie dont les piliers sont la théologie de la création et le besoin d'une prise de conscience globale des risques encourus par notre monde face à la crise écologique». Tout est dit, nous supposons que l’intérêt de cette association n’est pas de substituer la perspective apocalyptique au grand maux qu’est le dérèglement climatique.

Quand certains attaquent le mouvement écologique en le qualifiant de sectaire ou religieux, ce dernier répond simplement par l’argument éthique. Avec en avant la morale tant rejetée par l’auteur… L’éthique de l’environnement est une branche de la philosophie de l’environnement développée au XIXème siècle s’attachant à montrer que la nature a une valeur morale. Elle repose sur la pensée de philosophes antiques comme Aristote qui a théorisé l’éthique de la vertu et s’oppose à la déontologie et aux conséquentialistes. Tout ça pour dire qu’elle prend racine dans des textes fondateurs d’une certaine vision des sociétés et des agents qui nous ont façonné peu à peu jusqu’à aujourd’hui. Cette philosophie s’est en outre intéressée à Kant, philosophe n’hésitant pas à écrire que « les êtres dont l’existence dépend, à vrai dire, non pas de notre volonté, mais de la nature, n’ont cependant, quand ce sont des êtres dépourvus de raison, qu’une valeur relative, celle de moyens, et voilà pourquoi on les nomme des choses » tout en admettant cependant que l’Homme ne peut se permettre d’user comme bon lui semble de la chose animale, car il perdrait de son humanité en délaissant sa sympathie. Pourtant Kant est philosophe de la volonté rationnelle et de la liberté. L’Homme ne peut ainsi tout simplement pas disposer à sa guise de la nature, mais ce n’est pas en cela que sa liberté est atteinte. Il n’y a donc rien de spirituel à penser le mal de la Terre et à en anticiper les plus sombres perspectives. Un autre exemple est les multiples appels de la papauté à aligner ses convictions religieuses avec la respect de la nature, comme le fit Jean-Paul II en 1999 lors de la « Journée mondiale de la Paix » ou François avec son encyclique qui associe l’Eglise avec la «  Journée mondiale de défense de la création ». 

 

 

Une spectaculaire maladresse 

 

 

Enfin, nous souhaitions revenir sur une référence de l’auteur qui nous a semblé peu légitime dans la construction de son argumentation contre les mouvements des jeunes mais fort intéressante dans une perspective d’appropriation des outils anti-système par le conservatisme (qui fera sûrement l’objet d’un article plus centré) : celle de la Société du Spectacle, ouvrage de Guy Debord. Ce dernier, qu’on peut grossièrement décrire comme anarchiste, écrit ce livre en 1967, dans le contexte florissant des Trente Glorieuses. Il y approfondit une théorie de Marx qui est le fétichisme de la marchandise. Debord montre l’avancée du capitalisme sur tous les aspects de la vie à travers le prisme de la marchandise. Le processus d’individuation y est notamment expliqué : la capitalisme suppose la « séparation » comme outil économique, comment la mise en place des chaines de montage assignants le travailleur à une seule tache séparée de la chose produite a conduit le consommateur à une séparation de ses « désirs » qui ne sont plus formulés par lui-même, mais par la grande machine socio-culturelle (le cinéma, la publicité, etc…). Le but final du spectacle étant une reproduction de l’aliénation et surtout du pouvoir.

L’auteur de l’article écrit la chose suivante : « Le phénomène Thunberg est l’aboutissement d’une société spectacle où le « paraître » prime sur « l’être », et ou les hiérarchies sociales traditionnelles s’estompent peu à peu (…) ». En aucun cas il est possible de comparer Greta Thunberg comme un produit du spectacle puisque la majorité des émissaires du capitalisme (les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne…) rejettent unanimement ses propos. Cette confusion vient du fait que les mouvements écologiques ont aujourd’hui la côte. Ce serait nier de dire que dans l’état actuel des choses il n’y a pas un soupçon de phénomène médiatique et de société les entourant, et ce, à la manière de la « séparation » induite par l’industrie socio-culturelle : pourquoi il était cool d’avoir un look rebelle dans les années 1950 et pourquoi les hipsters ont inondés les réseaux sociaux ces dernières années, forçant la majorité à adopter cette mode ? Car le spectacle l’induisait. Mais ces mouvements existent depuis la seconde moitié du XXème siècle et étaient volontairement marginalisés car appelaient à une remise en cause du capitalisme dans un Occident en tension avec l’Est. Des soubresauts ont eu lieu, comme en 1968 (meilleure année de vente pour Debord), mais l’écologie radicale ne parvint pas à se détacher du spectacle, jusqu’à la fin des années 2010. Aujourd’hui, en s’appropriant certains codes spectaculaires, elle parvient à éclaircir les thèses de Debord pour pointer du doigt l’atomisation des sociétés et de leurs individus. L’individualité n’est plus facteur de réussite sociale car sert un intérêt capitaliste au détriment de celui de la majorité ayant préféré le collectif afin de centraliser sa force (et non sa peur !), pour rectifier nos erreurs passées et présentes, et surtout, minimiser le plus possible celles à venir.

Les autres n’ont plus qu’à se réveiller pour nous rejoindre. 

 

 

« A mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n'exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil. »

 

 

 

 

 

Il y a beaucoup de choses qui n’ont pas été dites, malheureusement. Les problématiques évoquées à travers nos deux articles ont contribué, encore une fois, à alimenter un conflit stupide forçant à minimiser le plus important. Il ne sert à rien de conclure cet article : les réactionnaires, acteurs d’un spectacle devenu cirque, trouverons sûrement à redire. 

 

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