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Le High Speed Trading

29/03/2019

           Le High Speed Trading ou trading automatique est de plus en plus utilisé par les investisseurs sur les marchés financiers. Cette technique de spéculation s’est développée au début des années 2000, s’appuyant sur des algorithmes de plus en plus complexes. Elle permet d’accélérer considérablement les transactions de produits financiers. Grâce aux innovations financières multiples et aux mutations des marchés de capitaux, la majorité des échanges se réalisent désormais électroniquement.

Le krach éclair du 6 mai 2010 où le Dow Jones a perdu près de 1 000 milliards de dollars a mis en lumière la responsabilité croissante du high speed trading dans la déstabilisation des cycles de la finance. Jouant le rôle d’accélérateur de la dynamique des marchés, cette stratégie utilisée par certains fonds questionne tant du point de vue économique qu’éthique. Avec l’exacerbation de la présence des agents sur les marchés financiers poussés dans une course à l’innovation permanente pour maximiser leurs profits, cet article a pour but d’explorer les principaux avantages du high speed trading et d’en montrer les limites

 

 

 

           

           Le HST bénéficie aux systèmes financiers. En effet, sa rapidité permet de faire diminuer les prix des transactions tout en arrosant de liquidité les marchés par des manipulations de produits très volumineuses. Par là, les spreads diminuent, les cours se stabilisent et la volatilité est réduite. Cette technique est considérée par Menkveld en 2011 comme ‘new market makers’, c’est-à-dire qu’il résulte de son utilisation la création de nouveaux marchés de financement. Des simulations récentes ont testées empiriquement l’impact des algorithmes sur les marchés à terme (matières premières) et d’actions. Elles montrent que le HST a un impact négatif sur la volatilité des prix car il permet de réduire le temps de latence dû à la ‘lenteur des capacités humaines’ et ainsi limiter d’extrêmes variations de prix.

De même, ces pratiques prennent en compte une information beaucoup plus importante que celle emmagasinée par un humain et attribuent donc une valeur plus proche du fondement réel de l’actif que ne le fairaient des comportements humains non mathématiques. Par là, l’allocation optimale des capitaux est rendue plus probable car les machines déplacent rapidement les fonds là où ils sont les plus rentables. Brogaard (2010) montre que sur le plan de l’ingénierie financière, le HST demande de confronter en permanence les idées et dynamise le marché de l’investissement financier car les anciens algorithmes sont rendus obsolètes dans des délais de temps assez faibles. Cela pousse les fonds d’investissements à entrer dans une concurrence nécessaire pour la survie des marchés financiers. Le HST accélère donc les transactions sur les marchés dans sa stratégie de collecte et de transmission de l’information à des portefeuilles particuliers.

 

           Cependant, des économistes ont trouvé une corrélation positive entre le HST et la volatilité du marché des capitaux. Sa rapidité d’exécution à la croissance exponentielle et sa capacité à s’immiscer dans les ordres de marché à une vitesse de quelques millisecondes, constituent une stratégie pro-cyclique nocive à la santé de la finance. Son impact sur les marchés d’actions est tel que selon Tabb Group 77% des transactions sur le marché anglais résulteraient de ces pratiques en 2015. Ainsi, les volumes manipulés interrogent sur les dangers du HST.

 

           Les dangers du HST ont cru avec le temps et avec le développement d’algorithmes de plus en plus puissants. Les potentielles bulles et krachs qui résultent de ces pratiques sont des nouveaux risques. En effet, la conséquence de l’inter-dépendance entre différents outils financiers et des marchés divers créée un équilibre beaucoup plus fragile et plus facilement instable . L’action pro-cyclique, couplée aux comportements grégaires des algorithmes, tendent à affecter ou retirer les capitaux tous ensemble et au même moment constituent un danger surtout en période de panique boursière.

C’est d’ailleurs pendant ces périodes là que le HST réalise son profit le plus important. Lors de la crise du 6 mai 2010, le HST a entraîné une spirale négative en se débarrassant en masse des titres à la baisse. Le lien étroit entre les actions EFT et les futures en particulier a provoqué une excitation favorable aux bulles spéculatives avec des variations de cours d’actions de 10 à 15% en quelques secondes. Le problème de déstabilisateur est formulé par Froot (1992) qui montre que les algorithmes, en tant que spéculateurs, réfléchissent à court terme et se ruent en masse sur les actifs les plus côtés.

De fait, même si les mini-krachs existaient déjà, leur fréquence s’accroît avec le HST. Par exemple, le 9 mars 2011, le prix de l’action Cocoa a chuté de 12,5% en moins d’une minute. Toutes les 1,5 secondes, le cours de l’action diminuait de 2% au point que les salles de marché étaient incapables d’expliquer ce qu’il se passait. Cela pointe du doigt la notion de market manipulation, qui est la pratique de certains fonds d’investissement qui consiste à créer des algorithmes permettant d’énoncer des flash orders venant s’intercaler entre les transactions et interagir entre eux. C’est ainsi qu’il devient possible de rendre incontrôlable les marchés en concentrant toutes les transactions sur un axe particulier (New York – Chicago par exemple), afin de dominer une partie des fonds et d’agir à sa guise.

 

           Les risques de haking, les comportements déviants et la fréquence relativement élevée des mini-krachs pose la question d’une régulation de la part des institutions financières et boursières. En effet, les risques d’assèchement du marché en liquidité ou la déstabilisation trop importante liés à l’automatisation des transactions, ne peuvent pas être contrôlée par des fonds privés. De fait, l’intervention et la mise en place de politiques d’assainissement des marchés est nécessaire.

 

            Le rôle des régulateurs et des policy makers est prépondérant dans la limitation la non-convergence des intérêts des acteurs sur le marché. En particulier lorsque les marchés sont fragiles, le risque dû à une excitation des marchés est plus important. Cela oblige à mettre en place des réglementations afin de boucher les canaux de transmission entre les marchés financiers et l’économie réelle.

En fait, les autorités de régulation doivent conduire les agents à accorder leurs intérêts, ce qui est contre leur rationalité propre, afin d’aboutir à un phénomène de croissance réelle. Mais l’esprit du capitalisme doit cependant être garanti afin de permettre l’accumulation personnelle de capital. C’est en ajustant leurs positions entre ces deux équilibres que les institutions (SEC, AMF) peuvent garantir un développement plus sain des techniques de trading automatique.

Cela passe par la séparation des activités d’investissements et de dépôts des banques dans la mesure où leurs activités ont un impact fort dans l’économie réelle. C’est dans cette optique que le Dodd-Frank Act a été signé en 2010 aux Etats-Unis. Mais les experts financiers considèrent que les actions menées ne sont pas encore suffisantes, là où les investisseurs jouent avec la légalité afin de maximiser leur activités. Leur parfaite connaissance des limites et des contraintes qui pèsent sur eux les poussent à s’infiltrer dans des zones d’ombres peu réglementées de leur profession. Dans la même optique, Goldstein (2010) montre qu’une régulation des financements associée à la recherche de nouveaux algorithmes est bonne pour rediriger ces fonds vers des activités réellement productives.

 

            L’orientation actuelle des banques semble n’être toujours pas au niveau des attentes citoyennes dans ce domaine. En effet, les activités de spéculation sont toujours présentes et des programmes de recherches algorithmiques se développent. La conjoncture actuelle sur les marchés boursiers marquée par un effondrement des cours en décembre 2018 illustre l’instabilité et la fragilité des cours, accentuée par la guerre commerciale entre Chine et États-unis et par les amendes infligées aux GAFAM.

 

 

            Alors, la moralisation du monde financier semble être un impératif même si la tâche est ardue. Dans une logique de profitabilité, l’aspect moral est largement mis de côté lorsqu’il s’agit de faire de l’argent sur la faillite d’entreprise où l’insolvabilité de ménages. C’est en fait dans cette logique que s’inscrit le HST, d’où la nécessaire prise de conscience à avoir sur les marchés financiers afin d’éviter les désastres en tout genre.

 

 

 

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