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La fin de Macron ?

23/11/2018

Beaucoup, alors qu’Emmanuel Macron n’était encore que ministre de l’économie, pensaient que sa popularité grandissante n’était que le produit d’une bulle « marketing » éphémère, qui ne tarderait pas à éclater. Pourtant, en défiant tous les pronostics et à la suite d’une campagne présidentielle folle, il est élu président de la République française en mai 2017.  Si son ascension est fulgurante et sans commune mesure sous la 5ème République, l’exécutif n’est pas pour autant immunisé contre les affres de l’impopularité. Ainsi depuis la rentrée 2018 les ennuis s’accumulent pour Emmanuel Macron : l’opposition est déchaînée contre lui, ses réformes font l’objet de débats très vifs, les polémiques autour de ses sorties médiatiques ne s’arrêtent pas… Bref, il est loin de la période où l’actuel président marchait sur l’eau, et, après avoir bénéficié d’une popularité exceptionnelle auprès des Français pendant 3 ans, la rupture semble consumée entre le peuple et son représentant le plus éminent

 

 

Une rentrée politique infernale

 

De la date de son élection en mai 2017 jusqu’à l’été 2018 -malgré un printemps houleux marqué par les révoltes étudiantes-, Emmanuel Macron a marché sur l’eau. Il faut bien le reconnaître : sa popularité était solide et plutôt stable, il a mené ses premières réformes d’envergure avec succès, et l’opposition était bien accable de faire entendre sa voix. Pourtant, en juillet 2018, un événement imprévu vient couper son bonhomme de chemin : l’affaire Benalla.

 

A l’origine de cette histoire, une simple vidéo amateur, qui se transforme rapidement en affaire d’état. Il s’agit d’Alexandre Benalla, chargé de mission à l’Elysée, filmé en train de molester des manifestants lors des mouvements du 1er mai, en tenue de policier. Celui-ci n’a bien sûr aucune légitimité à agir de la sorte. De plus, la presse révèle qu’il profite des ors de la République : il possède un permis de porter une arme, un passeport diplomatique, un badge d’accès à l’assemblée nationale, et touche un salaire anormalement élevé pour son poste. Devant l’ampleur du scandale et des Français outrés, l’affaire se transforme en une crise au plus haut niveau de l’Etat. Finalement, Emmanuel Macron s’exprime le 24 juillet et assume clairement : « le seul responsable de cette affaire, c’est moi ! ». Il est évident que ce scandale a terni l’image du président : le « nouveau monde » qu’il prétendait incarner, débarrassé des combines politiciennes, a perdu tout crédit aux yeux des Français.

 

C’est alors le début du chemin de croix de l’exécutif. Lors de la rentrée politique du gouvernement en septembre 2018, il doit en effet faire face à la démission de nombre de ses ministres (et pas des moindres). C’est Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, qui ouvre d’abord le bal. Celui-ci démissionne le 4 septembre pour désaccords avec la ligne politique du gouvernement, et parce qu’il estime ne pas avoir les moyens nécessaires pour mener à bien sa mission. C’est un coup difficile pour Emmanuel Macron, dans la mesure où il s’agissait de la personnalité la plus populaire de la macronie. De plus, à la même date, la ministre des sports Laura Flessel (ancienne médaillée olympique) suit Nicolas Hulot et quitte ses fonctions gouvernementales. Enfin, c’est au tour de Gérard Collomb de démissionner de son poste de ministre de l’Intérieur un mois plus tard. Le départ du numéro deux du gouvernement a laissé le sentiment d’une vacance du pouvoir en place : le président a mis près de deux semaines à lui trouver un remplaçant.

 

Nicolas Hulot, ministre démissionnaire

 

A ces difficultés politiciennes viennent s’ajouter un lot de réformes particulièrement contestées et débattues. En particulier autour du prélèvement à la source. Gerald Darmanin, ministre des comptes publics, a dû faire face à un débat très intense au moment où il portait la mesure au parlement. A tel point d’ailleurs que le retrait de cette réforme de l’agenda politique s’est envisagé avant que le président en personne ne décide de la maintenir. Cet épisode est emblématique : après une année ou l’exécutif a pu appliquer son programme sans difficultés majeures (réforme du code du travail, lois immigration, …), il a bien failli reculer cette fois.

 

L’addition de ces mauvais signaux politiques ont conduit à faire chuter drastiquement la côte de popularité d’Emmanuel Macron. Ainsi, d’après le baromètre mensuel de l’Ipsos pour Le Point daté du mercredi 21 novembre 2018, le président ne recueille plus que 26% d’opinions positives chez les français. Le premier ministre Edouard Philippe n’est pas épargné, il enregistre une baisse de 4 points d’opinions favorables pour une côte à 27%.

 

Macron comme Sarkozy et Hollande ?

 

Alors, Macron est-il dans la continuité logique de ses deux prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande ? En terme de popularité, la réponse est très clairement oui. Les deux anciens présidents ont tous les deux atteints des sommets d’impopularité au cours de leur quinquennat. En fait, Sarkozy et Macron sont exactement au même niveau d’opinions favorables après un an et demi de mandat. Pour François Hollande, c’était encore plus bas au même stade. Ils se différencient donc de Chirac ou de Mitterrand, qui, eux, rassemblaient plus de 40% de bonnes opinions à un an de présidence.

 

En fait, la parallèle entre Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy peut même être poussé plus loin. Les deux hommes ont un parcours très proche. Ils ont été élus sur les mêmes qualités : le renouveau, l’impression de changement, le dynamisme… et ont donc suscité une vague d’espoir au moment d’accéder à la présidence. Les deux présentaient la même volonté de réformer en profondeur, et ont pour cela été comparé à Schröder ou Tony Blair. C’est là que la comparaison devient très intéressante. Nicolas Sarkozy a fait une première année de mandat très riche en réforme (bouclier fiscal, défiscalisation des heures supplémentaires, grenelle de l’environnement, …) grâce à une majorité confortable à l’assemblée nationale. En revanche, il est confronté à la crise financière mondiale en 2008, et est contraint de stopper ce rythme : la priorité absolue devient le règlement de la crise, et ce jusqu’en 2012 (à laquelle il faut rajouter la crise de la dette grecque). Emmanuel Macron suivra-t-il la même trajectoire ? C’est-à-dire qu’après une première année de réforme à tout va, va-t-il se reposer sur ses acquis et adopter un rythme de croisière pour ses 4 années de mandat restantes ?

 

 

Enfin, il faut noter que sur le mode de présidence, l’actuel locataire de l’Elysée est très proche de ses prédécesseurs. La comparaison avec Sarkozy tient là aussi la route : l’exécutif est un « hyperprésident », c’est-à-dire qu’il est partout, sur tous les dossiers, et s’y implique personnellement. On a encore une fois du mal à trouver une différence entre le rôle du premier ministre, Edouard Philippe, et celui du président. De plus, depuis quelques mois, Macron est abonné (malgré lui) aux petites phrases reprises par la presse et les réseaux sociaux. On pense ici au peuple français, qu’il avait qualifié de « Gaulois réfractaires au changement » ou au « le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler » qu’il avait lâché à Lunel et à un manifestant. Cela montre bien que le président est de plus en plus fatigué. C’est aussi le signe d’une communication présidentielle de moins en moins maîtrisée, à l’image de Sarkozy (on se souvient de son « casse-toi pauv’con » adressé à un agriculteur) et de Hollande (qui avait vu sa relation avec sa maîtresse, Julie Gayet, être révélée au grand public dans la presse people).

 

 

Finalement, les difficultés auxquelles fait face Emmanuel Macron sont les signes de la fin de l’état de grâce. Il est peut-être un peu tôt encore pour parler de sa « fin » politique. Pour autant, on peut établir de nombreux parallèles entre l’actuel locataire de l’Elysée et ses deux prédécesseurs au même stade (en particulier Sarkozy). Or, leurs destins politiques ont été compromis par des fins de quinquennats souvent désastreuses, Hollande ayant du même renoncer à se représenter en 2017. Peut-être que l’histoire ne se répètera pas avec Macron, mais il est permis d’en douter…

 

 

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