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C'est pourquoi Contraste propose, dans sa section "le débat", deux tribunes opposées sur des sujets clivants.

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L'euthanasie, un mal pour un bien (2/2)

27/10/2018

La légalisation de l’euthanasie est un sujet qui clive la société française et suscite de fortes oppositions. On peut le définir comme l’acte de provoquer délibérément la mort à un patient qui en ferait la demande. C’est un combat progressiste que l’on peut comparer à la légalisation de l’avortement en 1975 (loi Veil) ou à l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels (2013) : en cas d’inscription dans la loi, il s’agirait d’un avancée sociétale majeure.

Dans certains pays il s’agit encore d’un tabou, tandis que d’autres l’ont déjà inscrit dans la loi (c’est le cas des Pays-Bas ou de la Suisse, des nations proches de nous historiquement).

Dès lors, nous allons démontrer que la légalisation de l’euthanasie est un enjeu majeur pour la France, et que c’est une action nécessaire qui pourrait profiter à tous.

 

 L’euthanasie : un question sociétale fondamentale mais difficile

 

Si on parle tant d’euthanasie en ce moment, c’est d’abord parce qu’il s’agit du moyen ultime pour abréger les souffrances des malades. En effet, en parallèle de l’augmentation de l’allongement de la vie, les conditions d’existence sont devenues moins bonnes passé le cap des 70 ans. Il s’agit d’un paradoxe étonnant de la société moderne : si d’un côté l’espérance de vie a remarquablement augmenté depuis 2 siècles, l’espérance de vie en bonne santé (indicateur important) progresse très peu. Ainsi de plus en plus d’hommes et de femmes vivent plus longtemps que leurs parents, mais ont toujours affaire à la maladie. Le nombre de seniors souffrants physiquement ou psychiquement car atteints d’une pathologie est toujours plus important. Dès lors, devant ce phénomène, la question de l’euthanasie apparaît comme un enjeu majeur.

 

Faut-il forcément maintenir en vie (au nom de quoi ?) des êtres humains qui vont perdre de leur autonomie, parfois souffrir, et perdre le plaisir de vivre ? Les partisans de l’euthanasie répondent non à cette question difficile. La question du sens de la vie se pose en effet quand on a perdu sa mobilité et sa capacité de jouissance : peut-on encore trouver du plaisir quotidiennement dans la vie quand on souffre et qu’on n’y trouve plus de goût ?

 

Enfin, dans le cas des patients atteints de maladies incurables, le choix est moins difficile. Il n’est pas de sens dans le fait de maintenir en vie des hommes, condamnés à souffrir, par le seul pouvoir de la médecine. L’euthanasie peut ainsi être une délivrance pour une femme atteinte de la maladie de l’Alzheimer par exemple, qui ne serait plus jamais capable de reconnaître sa famille et d’avoir conscience de son état (simple légume humain). Dans ce cas, il s’agit même d’une question d’humanité : c’est manquer de sentiments que de refuser la mort à ceux qui souhaitent mettre fin à leur souffrance.

 

Un enjeu de liberté individuelle

 

Derrière l’aspect éthique se cache aussi un enjeu peut-être plus important : celui de la liberté offerte aux individus. Légaliser l’euthanasie, c’est accroître le champ des possibilités à tous. C’est le choix de choisir entre la vie et la mort. C’est un dilemme qui, posé comme cela, paraît bien cruel et fataliste, mais finalement ne fait qu’injecter un peu plus de liberté dans notre société.

 

Il faut noter que la liberté c’est la « Possibilité d’agir selon ses propres choix, sans avoir à en référer à une autorité quelconque » (une des définitions donnée par le Larousse). Ici, on est en plein dedans. Il s’agit même de l’essence de la notion de liberté : le choix originelle de choisir entre la vie et la mort. Alors, s’il est possible que certains personnes âgées feront le mauvais choix en choisissant l’euthanasie dans le futur, il est difficile de nier que cela restera une décision individuelle exercée par la souveraineté de l’individu. Ce sera donc un choix libre.

 

 

Ce qu’il faut donc retenir ici c’est que l’euthanasie, au-delà de sa nature bonne ou mauvaise, est un symbole de la liberté entre le fait de vivre et renoncer à vivre. Cela offre la capacité à l’homme de surprendre son destin, et de se libérer de cette contrainte naturelle qu’est la mort : la mort passe ainsi d’un état contraint et redouté par les individus, à un état choisi et voulu délibérément. Ainsi, d’une certaine manière, la mort perd sa dimension eschatologique, et se « ringardise ».

 

Une nécessité démocratique

 

Enfin, il faut soulever un dernier enjeu dans la légalisation de l’euthanasie en France, c’est l’impératif démocratique. En effet on constate à travers les très nombreux sondages d’opinion effectués à ce sujet qu’une grandes majorité des Français sont favorables à la légalisation. 89% se prononçaient pour (ainsi que pour le suicide assisté) au début de l’année d’après un sondage réalisé par l’Ifop et publié dans le journal La Croix daté du 3 janvier. Or, dans un Etat démocratique tel que la France, ou le peuple est souverain et ou les élus sont ses représentants, ce sujet grave devrait être plus abordé.

 

Finalement, c’est aussi en écoutant les témoignage de ceux qui sont le plus concernés qu’on parvient à se faire une opinion sur le sujet.  L’« affaire Vincent Humbert » est particulièrement touchante ici. Vincent Humbert était un jeune pompier qui, à 19 ans, est victime d’un accident de la route très grave. Après 9 mois de coma, il reprend conscience de son état mais conserve des séquelles importantes : il est à la fois muet, aveugle et tétraplégique. Sachant qu’il n’a plus aucun espoir de guérison, il rédige une lettre au Président de la République d’alors (à savoir Jacques Chirac) pour lui accorder le droit de l’euthanasie. Cependant la loi en vigueur ne le lui permet pas, et, en septembre 2003, sa mort est finalement provoquée par sa mère et son médecin, le délivrant de ses souffrances.

 

Je vous demande le droit de mourir, de Vincent Humbert et Frederic Veille, 2007

 

Ce cas (qui a beaucoup touché le peuple français) montre bien à quel point la légalisation de l’euthanasie est nécessaire, ce serait-ce que pour les individus gravement malades ou handicapés.

 

Finalement, la légalisation de l’euthanasie apparaît bien comme un sujet difficile dans le mesure ou il interroge sur notre conception de la vie. Pour autant, Emmanuel Macron ne doit pas reculer sur le sujet : c’est un impératif humain, libéral et démocratique. En cas contraire, on peut craindre une science toujours plus inhumaine et incapable d’apporter des réponses aux nouveaux défis qu’elle pose à nos sociétés modernes.

 

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